{"id":701,"date":"2010-09-06T11:45:19","date_gmt":"2010-09-06T09:45:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.chloegraftiaux.com\/?p=701"},"modified":"2019-12-17T16:03:44","modified_gmt":"2019-12-17T14:03:44","slug":"destelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chloegraftiaux.com\/?p=701&lang=en","title":{"rendered":"D&rsquo;Estelle"},"content":{"rendered":"<p>Les mots ont toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un rem\u00e8de contre les maux. J&rsquo;ai l&rsquo;amour des mots en moi autant que l&rsquo;amour de la montagne. Et pourtant &#8230;. ce dimanche matin, quand j&rsquo;ai lu la terrible nouvelle, j&rsquo;ai cru que les mots me trahissaient. Ces mots ne pouvaient \u00eatre vrais : les mots du r\u00e9el. Les maux du r\u00e9el. Crus. Violents. Irr\u00e9versibles.<\/p>\n<div>J&rsquo;ai pris tout d&rsquo;un coup le r\u00e9el en plein coeur, et les mots en horreur. Il n&rsquo;y a pas de mot pour dire l&rsquo;horreur, seulement les pleurs. Les pleurs, les mots du corps&#8230; Mon corps ne savait plus que pleurer, mon corps refusait la r\u00e9alit\u00e9&#8230; mon corps refuse&#8230; de manger, de dormir&#8230; Comme si pousser la vie dans son extr\u00e9mit\u00e9 pouvait refuter la r\u00e9alit\u00e9. Mon corps ne sait plus que boire. Instinctivement. Je bois, des litres et des litres de tisane et de th\u00e9 ; comme si l&rsquo;eau aller noyer les larmes&#8230; Et j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;errer dans ma vie comme dans une trag\u00e9die, d&rsquo;errer en mode survie&#8230;<\/div>\n<div>Il va falloir pourtant reprendre le go\u00fbt de vivre, de vivre avec cette cruelle \u00e9vidence&#8230;<\/div>\n<div>Une douleur infinie m&rsquo;envahit, infinie comme la vie, infinie comme la mort. Une douleur am\u00e8re, et j&rsquo;en ai le vertige et la naus\u00e9e.<\/div>\n<div>Envie de hurler, de crier \u00e0 l&rsquo;injustice de cette mort. La mort en plein coeur. En plein coeur de l&rsquo;insatiable vie. En plein coeur de ta belle vie. J&rsquo;ai mal au coeur, tr\u00e8s mal au coeur.<\/div>\n<div>Tous les mots sont secs face \u00e0 cette trag\u00e9die, ils sont vains et restent au bord des larmes. Les mots me manquent, mais ils sont pourtant revenus pas \u00e0 pas sous ma plume ; les mots sont aujourdh&rsquo;ui le seul lieu o\u00f9 je puisse essayer de panser cette plaie, le seul lieu o\u00f9 dire combien Chlo\u00e9 pour moi a compt\u00e9.<\/div>\n<div>Du silence en quelques jours, je suis pass\u00e9e dans l&rsquo;overdose de mots, les mots \u00e0 pr\u00e9sent m&rsquo;envahissent toute la journ\u00e9e durant, toutes les nuits durant. Les mots pour dire&#8230; les mots pour dire Chlo\u00e9. Et il n&rsquo;y en a pas assez. Tous les mots d&rsquo;un dictionnaire ne suffiraient pas. J&rsquo;\u00e9cris, j&rsquo;\u00e9cris sans cesse. Pourtant il va falloir que je cesse&#8230;<\/p>\n<div>On s&rsquo;est rencontr\u00e9es cet \u00e9t\u00e9, on a partag\u00e9 deux sommets.<\/div>\n<div>La premi\u00e8re eut lieu en d\u00e9but d&rsquo;\u00e9t\u00e9, aux Aiguilles Rouges. C&rsquo;\u00e9tait la voie des Fran\u00e7ais au Pouce. On n&rsquo;a pas fait la voie, on s&rsquo;est tromp\u00e9es, mais on est arriv\u00e9es \u00e0 temps pour le t\u00e9l\u00e9si\u00e8ge \u00e0 la descente et on a beaucoup \u00e9chang\u00e9. Papot\u00e9. Rigol\u00e9. J&rsquo;entends encore ton accent ! Tu m&rsquo;as parl\u00e9 de ta vie, moi de la mienne. On s&rsquo;est pas \u00e0 pas rencontr\u00e9es, et d\u00e8s le d\u00e9part j&rsquo;ai senti que l&rsquo;on se ressemblait. J&rsquo;ai compris aussi d\u00e8s le d\u00e9part que l&rsquo;on serait amies.<\/div>\n<div>On grimpait en r\u00e9versible, ce jour-l\u00e0n on grimpait vite malgr\u00e9 l&rsquo;erreur d&rsquo;itin\u00e9raire, \u00e7a d\u00e9roulait. Je me souviens que tu avais oubli\u00e9 ton casque ! On faisait gaffe au rocher pourri, et ya pas eu un souci. En haut, un grany, une gorg\u00e9e, et c&rsquo;\u00e9tait reparti. Ca roulait. C&rsquo;est ce que j&rsquo;aimais.<\/div>\n<div>J&rsquo;entends encore ta voix dans la travers\u00e9e de l&rsquo;ar\u00eate du Pouce, tu me parlais d&rsquo;Alix, et j&rsquo;avais compris combien vous \u00e9tiez proches. Je te parlais de mon petit fr\u00e8re, de mes parents qui m&rsquo;ont plong\u00e9 dans la montagne d\u00e8s mes premiers pas. Implicitement, je crois qu&rsquo;on savait toutes les deux combien la famille compte dans nos vies, combien on leur doit m\u00eame si on ne sait pas leur dire&#8230; On leur doit cette libert\u00e9.<\/div>\n<div>C&rsquo;est ce qui m&rsquo;a marqu\u00e9 en Chlo\u00e9, cette soif de libert\u00e9, mais une soif pleine de sant\u00e9, la soif de quelqu&rsquo;un \u00e0 qui on a appris le go\u00fbt de la libert\u00e9 et non pas que l&rsquo;on aurait brim\u00e9. Chlo\u00e9 portait sur son visage la joie et le bien-\u00eatre de quelqu&rsquo;un qui \u00e9tait entour\u00e9e sans \u00eatre pour autant encadr\u00e9e. Elle \u00e9tait ind\u00e9pendante, mais n&rsquo;aurait pu le vivre aussi bien sans votre pr\u00e9sence et votre soutien. On ne nait pas prodige, on le devient. Chlo\u00e9 avait un don pour la grimpe, mais il n&rsquo;e\u00fbt rien \u00e9t\u00e9 si vous n&rsquo;eussiez \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pour elle. Les parents ont ce r\u00f4le de faire pousser des enfants sans les mettre sous serre&#8230; mais peu savent le faire. Ces enfants-l\u00e0, ce sont les enfants heureux de la libert\u00e9. Au fond d&rsquo;eux, ils savent bien que sans l&rsquo;appui affectif de la famille, rien de grand n&rsquo;aurait pu se faire. Chlo\u00e9 en avait bien conscience, elle savait tout ce qu&rsquo;elle vous devait.<\/div>\n<div>Je crois que l&rsquo;on avait ce point en commun implicit\u00e9 qui nous reliait. On \u00e9tait des petites filles heureuses de la libert\u00e9 qu&rsquo;il nous avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de grimper sur les sommets, en toute simplicit\u00e9.<\/div>\n<div>C&rsquo;est de l\u00e0 que Chlo\u00e9 tirait son humilit\u00e9, sa maturit\u00e9. On avait un peu parl\u00e9 de sa pratique de la comp\u00e9tition ; l\u00e0 encore, ses yeux p\u00e9tillaient de joie, de la m\u00eame fa\u00e7on que lorsqu&rsquo;elle me parlait de l&rsquo;exp\u00e9&#8230; J&rsquo;admirais particuli\u00e8rement cette polyvalence parfaite, comme si tout se changeait en or au passage de la f\u00e9e Clochette. Elle avait su concilier tous les aspects de la passion qui l&rsquo;animait, les d\u00e9cliner en toutes saisons, en les vivant \u00e0 fond et toujours de la plus belle fa\u00e7on. Elle \u00e9tait une grande championne au coeur d&rsquo;or, qui avait cette \u00e9l\u00e9gance de l&rsquo;humilit\u00e9. C&rsquo;est rare, j&rsquo;en ai pas souvent rencontr\u00e9. Mais elle \u00e9tait rare, la perle rare de la montagne. Rares sont les rencontres de cet acabit. Uniques sont les rencontres de cet acabit.<\/div>\n<div>La deuxi\u00e8me course et h\u00e9las la derni\u00e8re fut cette fameuse et mythique face sud de la Meije, Mitchka. Avant de partir, on a mang\u00e9 ensemble avec mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re. On discute. Tranquillement. Mon p\u00e8re s&rsquo;inqui\u00e8te un peu pour nous, je le sais, je le sens, mais il contient , et fait ce qu&rsquo;il sait faire : donner des conseils. On part.<\/div>\n<div>Mitchka. 8i\u00e8me r\u00e9p\u00e9tition. La voie du coach. Un petit bijou. La course parfaite. Le plus beau souvenir. Un merveilleux vendredi 13.<\/div>\n<div>Dans cette course est n\u00e9 le sentiment de cord\u00e9e. On avait d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;elle passerait devant afin de pouvoir terminer, parce que, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, Chlo\u00e9 grimpait vite. Vite et bien. Le style \u00e9pur\u00e9. Pas de mouvement de trop, pas d&rsquo;h\u00e9sitation. Une force de la nature, insuffl\u00e9e par sa force et sa joie de vivre, vivre pleinement, vivre pour ne pas regretter &#8230; Mais maintenant, c&rsquo;est nous qui te regrettons, Chlo\u00e9 ! Vivre avec d\u00e9termination, avec volont\u00e9, tel est le clou de la passion qui t&rsquo;animait. Vivre et grimper sans h\u00e9sitation. \u00ab\u00a0L&rsquo;alpinisme participe d&rsquo;une urgence de vivre\u00a0\u00bb dit Christophe Dumarest\u00a0, la vie est un fruit \u00e0 croquer \u00e0 pleine dent comme la paroi est un fruit \u00e0 grimper \u00e0 pleines mains. Vivre, grimper, grimper, vivre. Tout se m\u00e9lange et se confond dans le d\u00e9lice de la passion. Born to climb . <a href=\"mailto:Borntoclimb3@hotmail.com\">Borntoclimb3@hotmail.com<\/a>. Tel \u00e9tait ton don. La vie ne vaut pas le coup sans cela. Grimper pour vivre&#8230; \u00e9l\u00e9ment vital, le rocher&#8230; \u00e9l\u00e9ment fatal&#8230; Died for climbing&#8230;<\/div>\n<div>Je sais ce que cela signifie. J&rsquo;en \u00e9prouve le besoin de la m\u00eame fa\u00e7on. Mais Chlo\u00e9 savait l&rsquo;exprimer bien mieux que moi dans l&rsquo;action. La grimpe \u00e9tait son \u00e9criture, le rocher sa feuille, et le r\u00eave son inspiration. \u00ab\u00a0La valeur de l&rsquo;action, en alpinisme, ne rel\u00e8ve pas du fait brut, mais surtout du r\u00eave dont elle est l&rsquo;accomplisssement\u00a0\u00bb \u00e9crit P. Gabarrou. C&rsquo;est aussi ce qui la distinguait. La force, l&rsquo;\u00e9nergie et le cran d&rsquo;aller au bout de ses r\u00eaves, de vivre ses r\u00eaves, de vivre de r\u00eaves &#8230;.<\/div>\n<div>Dans Mitchka est n\u00e9e notre cord\u00e9e. Ca y est, \u00e7a d\u00e9roulait vers de grands sommets&#8230; C&rsquo;\u00e9tait la cord\u00e9e qui filait, une cord\u00e9e que j&rsquo;ai toujours recherch\u00e9e sans vraiment la trouver. Avec Chlo\u00e9, je crois que je l&rsquo;avais trouv\u00e9e&#8230; Dans la voie, peu de paroles, mais des gestes. Les bons. Synchronis\u00e9s. Osmose de la cord\u00e9e qui veut aller loin. On voulait aller loin, plus loin que cette face sud de la Meije. Aux Jorasses par exemple. A l&rsquo;Ailefroide aussi, et \u00e0 la directe Nord de la Meije&#8230; j&rsquo;irai pour toi Chlo\u00e9, j&rsquo;irai, je te le promets.<\/div>\n<div>Il y avait beaucoup de s\u00e9rieux quand on grimpait, peu de place aux bavardages : \u00e7a, c&rsquo;est pour apr\u00e8s. Tout \u00e9tait tr\u00e8s calme, tr\u00e8s pos\u00e9. C&rsquo;est aussi \u00e7a que j&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9. La rapidit\u00e9, efficacit\u00e9, s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de notre cord\u00e9e. La plus belle rencontre, c&rsquo;est notre cord\u00e9e. Notre fiert\u00e9 f\u00e9minine. Notre amiti\u00e9. Nos rires, nos \u00e9motions partag\u00e9es&#8230;<\/div>\n<div>C&rsquo;est cela que je regrette au plus profond de moi. Qui va la remplacer ? Qui pourra la remplacer ? Rien, ni personne ne pourront recr\u00e9er ce lien unique de la cord\u00e9e avec Chlo\u00e9. Je n&rsquo;avais jamais partag\u00e9 autant de projets avec mon compagnon de cord\u00e9e. On avait le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, les m\u00eames objectifs. Etre guide en faisait partie.<\/div>\n<div>Elle me disait \u00a0\u00bb mais viens au proba du guide cette ann\u00e9e\u00a0\u00bb. On aurait pu y aller ensemble, j&rsquo;aurais pu y aller ne serait ce que pour tenter si tu avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Mais moi, je n&rsquo;ai pas son assurance, sa s\u00fbret\u00e9. Parfois, je doute de moi. J&rsquo;ai des faiblesses. Elle, elle m&rsquo;avait donn\u00e9 le sentiment de n&rsquo;en avoir jamais. Elle avait r\u00e9ussi \u00e0 me donner confiance, elle me faisait croire en moi. Elle me tirait vers le haut, c&rsquo;\u00e9tait un plaisir de se sentir progresser \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Chlo\u00e9 est pass\u00e9e dans ma vie comme un courant d&rsquo;air qui m&rsquo;aurait insuffl\u00e9 son \u00e9nergie.<\/div>\n<div>Mitchka s&rsquo;est faite en temps voulu, pas de fioritures, arriv\u00e9es en haut du 7a, sit\u00f4t rappels cal\u00e9s et on attaque la descente. Glacier Carr\u00e9. Pas du Chat. Rappel coinc\u00e9. C&rsquo;est elle qui remonte ; tout est rest\u00e9 calme, alors que dans des moments pareils, avec d&rsquo;autres \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9nervement. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on voit la force d&rsquo;une cord\u00e9e. Muraille Castelnau. On continue, on se rappelle des conseils de Fr\u00e9di. Couloir Duhamel. Et sortie du couloir \u00e0 l&rsquo;intuition. On a la m\u00eame. La bonne. Ca d\u00e9roule tranquillement en d\u00e9sescalade jusqu&rsquo;au refuge. Il reste 200m. Tous les 100m , tu me le disais.<\/div>\n<div>L\u00e0 on recommence \u00e0 papoter. De tout, de rien. De la vie. De nos vies. Nos vies qui se croisent et forment cette cord\u00e9e. Nos vies qui ne formeront plus cette cord\u00e9e. &#8230;Chlo\u00e9, mais avec qui je vais grimper , qui seras \u00e0 ta hauteur ??<\/div>\n<div>Ca y est, on arrive au refuge. On trinque, Fr\u00e9di nous offre du rhum \u00e0 la p\u00eache. On mange ce qu&rsquo;il nous reste, et finalement il reste trop ! On regarde les photos, elles sont belles &#8230; On a parl\u00e9 ce soir l\u00e0 d&rsquo;une voie qu&rsquo;on a fait cet \u00e9t\u00e9 mais pas ensemble, la Contamine au Moine, c&rsquo;\u00e9tait toi qui me l&rsquo;avais conseill\u00e9e ; on n&rsquo;est pas d&rsquo;accord sur l&rsquo;itin\u00e9raire. Mais alors, comment on va faire au proba ? Qui c&rsquo;est qui a raison ? Chlo\u00e9 me dit qu&rsquo;elle a la f\u00e2cheuses tendance \u00e0 oublier les voies&#8230; moi aussi, mais&#8230; Mitchka jamais je ne l&rsquo;oublierai.<\/div>\n<div>On fait des projets&#8230; encore et encore&#8230;. on parle des falaises o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;est pas all\u00e9es. Il faudra que j&rsquo;aille \u00e0 Yenne alors ! Mais toi Chlo\u00e9, tu n&rsquo;auras pas connu ces dalles blanches de la Sainte-Victoire&#8230; de toute fa\u00e7on, t&rsquo;aurais pas aim\u00e9 ! Mais la Corse, j&rsquo;aurais voulu partager avec toi les secrets des falaises de mon \u00eele de Beaut\u00e9, et aussi de Buoux les voies oubli\u00e9es, et des Calanques les coins recul\u00e9s&#8230;.<\/div>\n<div>On dort&#8230; plut\u00f4t bien, contrairement \u00e0 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Je t&rsquo;entends ronfler ! Et ce vent qui soufflait sur la t\u00f4le argent\u00e9e&#8230;<\/div>\n<div>Le matin, on se l\u00e8ve t\u00f4t, parce que tu dois \u00eatre \u00e0 midi \u00e0 Chamb\u00e9. Ta maman t&rsquo;attdend, elle doit s&rsquo;inqui\u00e9ter, je me souviens, tu me dis que tu as r\u00eav\u00e9 de la voie. On d\u00e9jeune, vite fait. Tu me fais go\u00fbter de l&rsquo;avoine \u00e0 la pomme que tu as ramen\u00e9 des US. On boit du th\u00e9.<\/div>\n<div>On se pr\u00e9pare, on remet les chaussures ; une araign\u00e9e court sur le plancher, et tu me dis ton d\u00e9go\u00fbt de ces b\u00eates \u00e0 grandes pattes. On rit, parce que tu es pire que moi ! J&rsquo;en ai peur, mais toi encore plus. On bouge alors pour \u00e9viter l&rsquo;araign\u00e9e qui continue \u00e0 vivre sa vie sur le plancher&#8230;On descend. Vite. On parle, on parle&#8230; Elle me dit ses r\u00eaves de faire du base jump&#8230;Moi de parapente. Pour toi Chlo\u00e9 aussi je volerai.<\/div>\n<div>Ses r\u00eaves de secourisme. De guide. Ses r\u00eaves tout crout. Parce que nos vies se nourrissent d&rsquo;espaces et de r\u00eaves. Parce que \u00ab\u00a0nous sommes faits de la m\u00eame \u00e9toffe que les songes\u00a0\u00bb disait Shakespaere.<\/div>\n<div>On descend ensemble \u00e0 Grenoble. Ta voiture est la voiture de la libert\u00e9 elle aussi. C&rsquo;est un bout de ta vie en libert\u00e9. On se change, on boit un coup. Sant tra\u00eener. On part. On a mal aux doigts. On avait les doigts en sang. Alors elle me fait d\u00e9couvrir le benjoin. Un rem\u00e8de miracle. Sit\u00f4t rentr\u00e9e, j&rsquo;en ai achet\u00e9.<\/div>\n<div>Tu appelles ta maman, la rassure. On \u00e9coute les musiques que tu aimes, et j&rsquo;aime bien aussi. Tu me poses \u00e0 la gare. La bise, et \u00e0 la prochaine &#8230;<\/div>\n<div>Si j&rsquo;avais su&#8230; Si j&rsquo;avais pu Chlo\u00e9&#8230; Il n&rsquo;y eut pas de prochaine. Il n&rsquo;y aura pas de prochaine. Juste ces deux voies. Comme un go\u00fbt d&rsquo;inachev\u00e9. Un arr\u00eat pr\u00e9matur\u00e9.<\/div>\n<div>La semaine derni\u00e8re, on se textote. Tu me demandes ce que je fais du week-end, montagne ? Je te propose les Ecrins, finalement tu optes pour Cham&#8230; La Noire \u00ab\u00a0pour finir\u00a0\u00bb , \u00e9cris tu&#8230; Finir&#8230;avant l&rsquo;exp\u00e9&#8230; Finir&#8230; Non Chlo\u00e9, je ne veux pas. Pas de fin. Il ne peut pas y avoir de fin si pr\u00e8s du d\u00e9but, ce n&rsquo;est pas logique. Chlo\u00e9&#8230;.<\/div>\n<div>\u00ab\u00a0L&rsquo;alpinisme est l&rsquo;approbation de la vie jusqu&rsquo;\u00e0 la mort\u00a0\u00bb \u00e9crit G.Bataille. Chlo\u00e9 avait en elle cette passion, cette passion infinie de la vie. Elle avait ce regard rempli d&rsquo;espoirs et de r\u00eaves, ce regard d&rsquo;enfant vers les sommets, ce regard empli d&rsquo;humanit\u00e9s.<\/div>\n<div>Chlo\u00e9, au-del\u00e0 des cimes, est et restera pour moi une exceptionnelle et inoubliable rencontre h\u00e9las trop vite \u00e9court\u00e9e. Ce fut une rencontre au go\u00fbt de r\u00eaves et d&rsquo;aventures, tout en simplicit\u00e9, une rencontre qui garde \u00e0 jamais le go\u00fbt \u00e0 la fois amer et doux de la libert\u00e9.<\/div>\n<div>Chlo\u00e9 avait la libert\u00e9 au bout de ses doigts de f\u00e9e, ses doigts qui d\u00e9fiaent la gravit\u00e9.<\/div>\n<div>La f\u00e9e Clochette est pass\u00e9e trop vite dans ma vie, telle une \u00e9toile filante, mais pour toujours de son sourire l&rsquo;a illumin\u00e9e.<\/div>\n<div>D\u00e9sormais, ce sera aussi pour elle que je continuerai de vivre cette passion que l&rsquo;on a partag\u00e9e, que je continuerai de grimper et de gravir les sommets. Pour toi Chlo\u00e9, je voudrais serrer les prises comme tu les serrais !<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mots ont toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un rem\u00e8de contre les maux. J&rsquo;ai l&rsquo;amour des mots en moi autant que l&rsquo;amour de la montagne. 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